Article - 11/12/2008
par Yves Martin-Chave - Expert-comptable
Une majorité des chefs d'entreprises interrogés répond affirmativement à la question «Avez-vous peur de bénéficier du Crédit d'Impôt Recherche ?». Nous vous livrons l'essentiel de leurs inquiétudes :
Sont-elles fondées?
Cet article évalue chacune de ces inquiétudes en la contrastant à la lumière de la réalité, fournit des indications sur la manière d'établir un dossier de crédit d'impôt recherche, puis conclut en montrant que le CIR est un outil de financement particulièrement intéressant, mais qui se mérite, car pour être sécurisé il nécessite la collecte régulière de nombre d'informations et donc une organisation et une étroite collaboration avec un conseil spécialisé. Après une brève prospective, l'article termine par une présentation des perspectives pour le CIR 2008.
Ce point de vue particulièrement répandu a été renforcé par une déclaration de Madame Valérie Pécresse, Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, suivant laquelle : «Une entreprise qui bénéficie du CIR a 4 fois plus de chances qu'une entreprise normale d'avoir un contrôle fiscal».
Examinons plus en détail la réalité du terrain :
Ces statistiques paraissent moins redoutables que les impressions qui ont fait naître cette première inquiétude.
Et de fait, si l'on examine plus en détail les chiffres, la réalité est encore plus éloignée de la rumeur sur laquelle s'appuie cette première inquiétude : sur la période 2004-2007 seulement 3 à 4 % des déclarations de CIR ont fait l'objet d'un contrôle.
Si le crédit d'impôt recherche ne déclenche pas de contrôle systématique, pourquoi les entreprises qui y ont recours ont-elles la réputation d'être plus contrôlées que les autres?
Ce qui déclenche le plus souvent un contrôle fiscal ce sont les demandes de remboursement de crédit de T.V.A..
Le fisc vient, fort légitimement, s'assurer qu'il existe bien une activité réelle et que les activités qui engendrent ce crédit de T.V.A. sont bien susceptibles d'entraîner un jour du chiffre d'affaires). Or les entreprises qui ont recours au crédit d'impôt recherche sont pour la plupart (et en tous cas pour celles qui ne font que de la recherche développement) en position créditrice de TVA; ceci explique cela. .../...
Une première certitude est que cette minorité d'entreprises contrôlées en profondeur et parfois redressées n'avait pas pris le soin de sécuriser le dossier de crédit d'impôt recherche en recourant aux différents moyens mis à sa disposition :
Une autre certitude est que la très grande majorité des sociétés ayant opté pour le crédit d'impôt recherche a obtenu la créance sur l'État sans restitution postérieure, même partielle, de son montant.
Alors, comment se fait-il qu'un tel décalage entre inquiétude et réalité puisse s'installer et perdurer?
D'une manière générale, les entrepreneurs français - du moins ceux qui ne disposent d'aucun moyen de pression susceptible de retenir l'attention de la haute administration - ont appris à se méfier de la communication des gouvernements successifs. Manque de lisibilité des politiques, dispersion des moyens, manque de stabilité des mesures dans la durée et revirements subits ont fini par avoir raison de leur confiance.
En ce qui concerne le crédit d'impôt recherche cela est très dommage car il s'agit d'une mesure constamment améliorée depuis sa création. En particulier, le gouvernement actuel semble décidé, comme nous le verrons dans les perspectives pour le CIR 2008, à rendre l'utilisation du crédit d'impôt recherche plus simple pour les entreprises innovantes.
En synthèse :
La plupart des sociétés interrogées relève le manque de lisibilité du dispositif et notamment la définition des activités de recherche et développement éligibles au CIR. ![]()
Pour beaucoup d'entreprises, déposer une déclaration de crédit d'impôt recherche sans connaître au préalable la validation par l'administration du caractère éligible de leur recherche a un effet dissuasif.
Une validation ou un refus de l'administration avant le démarrage des travaux aurait par définition pour effet de lever toute incertitude.
Toutefois, la plupart des chefs d'entreprises ne recourent pas au rescrit fiscal préalable sur le simple constat que la demande doit être établie avant le démarrage des travaux de recherche !
Là encore , rumeurs et discussions avec des dirigeants ayant expérimenté le CIR sans le maîtriser ont un effet inhibiteur.
En pratique, le recours au rescrit préalable est resté théorique pour les entreprises nouvelles et les petites entreprises innovantes articulées autour d'un seul projet de recherche, même si le délai de réponse a été raccourci et porté de 6 à 3 mois. On parle d'environ un rescrit CIR par an et par département.
Une évolution toute récente permettra certainement de débloquer la situation : il existe désormais la possibilité de faire un rescrit général, sur un point précis (le crédit d'impôt recherche notamment). .../...
Cette possibilité permet à l'entreprise d'obtenir la position de l'administration, position qui lui sera ensuite opposable. Ce rescrit général peut, lui, se faire à tout moment et permet donc de résoudre le problème de la demande préalable au démarrage des travaux, spécifique au rescrit CIR et jugée si paralysante.
Tout d'abord en ne prenant pas de risques élevés en recourant au crédit d'impôt recherche si aucune mesure d'ajustement de son projet de recherche n'est envisageable par l'entreprise innovante.
Ensuite en comprenant les arguments mis en avant dans la réponse négative et en examinant si la société peut s'engager dans des mesures de correction ou de réorientation de son projet de recherche développement afin de redéposer une demande susceptible de recevoir une réponse positive de la part de l'administration.
Dans tous les cas, la limitation de l'incertitude est assurée par le recours à un cabinet de conseil en crédit d'impôt recherche, qui va vérifier auprès de son réseau d'experts l'éligibilité des dépenses de recherche développement envisagées.
Les bénéficiaires dans leur ensemble reconnaissent fournir un important investissement en temps ou en coût afin de formaliser et de sécuriser au mieux leur dossier.
Effectivement, la constitution d'un tel dossier requiert du temps et de la compétence et ne peut être établi qu'au fil de l'eau sous peine de perdre de l'information pertinente et de courir le risque de se trouver pris à la gorge à la dernière minute.
Par ailleurs, quasiment tous les redressements fiscaux résultent de dossiers inexistants ou inconsistants.
Là aussi, nos interlocuteurs, tant à la Direction des Services Fiscaux qu'au Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, nous le confirment, un dossier élaboré et étoffé par un professionnel de qualité est un gage de sécurité.
À quoi ressemble un tel dossier?
Pour chaque projet de R&D, il convient d'établir un dossier dans lequel il faut :
Nous allons maintenant détailler ces quatre points constitutifs de chaque dossier .../...
Décrire le projet de recherche-développement
Décrire les travaux effectués :
Indiquer les ressources associées :
Faire état d'éventuelles collaborations :
Est-il raisonnable de se passer du crédit d'impôt recherche pour financer son entreprise innovante, sous le seul prétexte qu'y recourir exposerait à un contrôle fiscal? Le CIR est-il là pour longtemps? Quelles évolutions peut-on attendre pour 2009?
Comme écrivait Abraham Lincoln, «Si j'avais 10 heures pour abattre un arbre, j'en passerais 6 pour affûter ma hache».
Mal ou non maîtrisé, le crédit d'impôt recherche devient un outil dangereux pour l'entreprise et son dirigeant.
Bien maîtrisé et préparé, le crédit d'impôt recherche est sans nul doute l'un des plus efficaces outils de financement de l'entreprise innovante.
Si l'on peut regretter la lourdeur administrative du dispositif et la complexité de la constitution du dossier CIR qui rendent nécessaire le recours à des spécialistes, l'intérêt financier pour l'entreprise innovante n'en demeure pas moins majeur. Nous l'avons vu plus haut, la réalité du terrain diffère substantiellement de la rumeur. Il convient donc de tout faire pour présenter le dossier de crédit d'impôt recherche dans les meilleures conditions.
Les informations nécessaires à étoffer le dossier CIR doivent être collectées régulièrement.
Au rang de ces informations, on peut citer : C.V. et diplômes du personnel de recherche, articles et publications, participation aux salons techniques, saisie et validation des temps par chercheur, identification des projets et sous-projets, validation et formalisation des étapes franchies, photos des prototypes, attestations d'agrément des sous-traitants, comptes rendus de réunion, suivi de l'état d'avancement des projets aidés, recensement des immobilisations affectées au projet, échanges techniques avec les organismes financeurs, factures de dépôts et défense de brevets, difficultés techniques rencontrées, contrats de recherche .../...
Une collaboration régulière avec son conseil permet :
Le crédit d'impôt recherche est, et devrait rester, «le moyen» de financement permettant à l'État de véritablement encourager l'investissement, la recherche et l'innovation.
Le déficit phénoménal de notre commerce extérieur montrait déjà que la France était devenue dans beaucoup de domaines un fournisseur supplétif. La crise le révèlera encore plus cruellement. Il ne s'agit pas seulement d'un manque de compétitivité en termes de prix, il s'agit d'un déficit bien plus grave : trop de produits ne captent plus l'intérêt.
L'innovation est donc une condition de survie du pays dans la catégorie des puissances moyennes. .../...
Nos dirigeants sont conscients du décalage existant entre la France et les pays de la communauté qui réussissent le mieux à innover.
Ce décalage important a de nombreuses causes, en particulier la fracture universités/entreprises et le peu d'intérêt de la population pour l'innovation. Or l'intérêt de la population pour l'innovation est déterminant pour le choix d'études scientifiques ou encore pour l'investissement d'une partie de l'épargne dans des projets innovants.
En attendant les premiers effets d'hypothétiques changements des mentalités, il faut donc s'intéresser de près aux évolutions possibles du dispositif en place.
Le C.I.R. 2008 introduit les nouveautés suivantes:
A priori des mesures qui vont dans le bon sens. Sont-elles à la hauteur du défi à relever?
Des incertitudes demeurent sur la capacité du gouvernement à définir vraiment les priorités, notamment dans le domaine des sciences du vivant, à mettre en place une meilleure articulation recherche-universités et des indicateurs fiables dans le cadre de la réforme de l'État.
Et puis, et surtout, l'actuel CIR est un effet d'aubaine accordé aux poids-lourds existants. Il ne permet pas de renouveler le cheptel en faisant croître et embellir les futurs champions de l'intensité technologique qui naissent dans les biotechnologies, les industries de la santé, ou les technologies de l'information.
D'ailleurs, M. Éric Besson, dans les conclusions du diagnostic stratégique commandé par le premier ministre, pense qu'il faut réorienter le crédit d'impôt recherche vers les PME innovantes.
En attendant la réforme, le prochain budget de la recherche se présente comme un nouveau bras de fer entre certains chercheurs publics et le gouvernement. Objet de la polémique : le crédit d'impôt recherche. .../...
Dans le budget 2009, le crédit d'impôt recherche va dépasser les 3 milliards d'euros (contre 1,4 milliard d'euros en 2006). Cet instrument fiscal incitatif est destiné à développer la recherche générique dans les entreprises hexagonales.
Certains s'inquiètent d'une explosion du coût du nouveau crédit d'impôt recherche, victime en quelque sorte de son succès dans une conjoncture fiscale des plus moroses. Le Président de la République, marquant encore une fois sa volonté de débloquer la situation de la recherche dans notre pays, pense quant à lui que «Le CIR cela ne coûte pas cher et ça marche».
Il est vrai qu'il est bon pour le moral des forces vives que la France d'aujourd'hui, tout entière absorbée à payer les factures d'avant-hier et les pots cassés d'hier, puisse s'autoriser à miser quelques jetons sur la France de demain.
De nouvelles mesures de déplafonnement visent également à rendre le pays plus attractif pour les entreprises étrangères qui souhaitent implanter des centres de recherche industriels en Europe. Il faut dire que, là aussi, on ne peut que se réjouir de voir replacer la France dans la course car beaucoup de nos partenaires européens ne sont pas restés les bras croisés.
Décidément très accommodant, le ministère a pris la décision de mettre en place un dispositif «plus sécurisé pour les entreprises». En langage clair, il s'agit de purger le CIR de sa réputation d'«antichambre du contrôle fiscal», réputation fondée ou non, mais qui lui colle à la peau depuis son introduction. Il s'agit aussi de le rendre plus praticable.
Il convient donc de saluer tout pas vers la normalité parce qu'il réduit nos handicaps face à nos compétiteurs.
Épilogue :
débâcle financière aidant, le plan de relance et les collectifs budgétaires de la loi de finance rectificative s'ils sont adoptés permettraient le remboursement anticipé du crédit d'impôt recherche. Sont concernés les CIR des années 2005, 2006, 2007 non encore imputés ou utilisés, voire peut-être même le CIR 2008. C'est ce qu'à laissé entendre Madame Lagarde, ministre de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi au cours du colloque «Le nouveau CIR» tenu le 10 décembre au siège de la Caisse des Dépôts et Consignation.
081211.bspo.paca