Article – 07/02/2011
par Yves Martin-Chave – diplômé d'expertise comptable
Pour une fois, la messe dite aura été la messe annoncée. Dans son projet de loi de finances pour 2011, le gouvernement avait annoncé une réduction de l'avantage accordé aux entreprises sous statut de la jeune entreprise innovante. Le Parlement, qui s'est par ailleurs parfois montré rebelle sur d'autres sujets, n'a apporté aucune contrariété. L'enjeu a-t-il été perçu comme trop mince, ou la mesure allant dans le sens d'une économie a-t-elle été accueillie avec soulagement ? Difficile à dire.
Quelles sont les modifications apportées au statut JEI ?
Le statut de la Jeune Entreprise Innovante a deux volets, l'un fiscal et l'autre social. Jusqu'en 2010 le volet social consistait en l'exonération totale de charges patronales de sécurité sociale pour les salaires des personnels de recherche répondant aux critères exigés.
La Loi de finances pour 2011 a introduit, sans aucun délai :
–un plafond par personne,
–un plafond annuel par entreprise,
–une dégressivité de l'exonération à partir de la 4e année suivant celle de la création de l'établissement.
Dans cet article, nous aborderons les points suivants :
Le bénéfice escompté de cette mesure visant à la réduction de la dépense publique était annoncé à 57 millions d'euros. La somme peut paraître faible, mais le nombre de bénéficiaires l'est aussi, moins de 2 400.
Quant au motif profond d'une telle proposition, il est longtemps resté assez flou.
Se posait alors la question de savoir si le statut JEI était encore un de ces innombrables puits sans fond visant à maintenir en vie des PME que d'autres mesures empêchent parallèlement de se développer, ou peut-être même une concession de plus à la gabegie.
La pression des créanciers de la France était tout sauf imprévisible, et l'introduction timorée mais constante du concept de rigueur, révélatrice de l'état des choses.
La volonté du gouvernement de ménager la fragile reprise sans alourdir exagérément la barque ni faire entendre à l'opinion publique ce qui froisse ses oreilles avait même conduit à couvrir le tout du vocable inouï et se voulant tranquillisant de « rilance ». Il est certain que pour ce qui est de la discrétion, les JEI étaient parfaites. Personne ne sait de quoi il s'agit. En plein brouhaha des retraites, encore moins.
On a vaguement entendu parler de ces JEI qui à l'échéance de 7 ans se trouvaient fort dépourvues… pour n'avoir pas anticipé la fin inexorable des avantages que leur procurait le statut JEI. Le motif aurait donc été avant tout pédagogique et le projet visait à les préparer à cette échéance en introduisant une dégressivité de l'exonération de charges sociales dès la quatrième année suivant celle de la création de l'établissement.
Dans son exposé des motifs, le projet de loi énonçait d'ailleurs : « Le caractère progressif de cette diminution permettra, en outre, d’éviter les sorties brusques du dispositif, applicables actuellement lorsque les entreprises atteignent leur huitième année, qui peuvent conduire à des déséquilibres de trésorerie. »
Bien qu'il soit toujours rassurant d'avoir confirmation que les pouvoirs publics ont une vision prospective et œuvrent sans faillir à protéger les citoyens de leurs égarements, l'annonce a, bien entendu, provoqué un tollé de la part des intéressés et de leur environnement. .../...
En particulier les JEI se trouvant dans les dernières années du dispositif, ayant développé un département de recherche important, ont manifesté une certaine irritation.
L'impact en trésorerie pour ces entreprises est, comme nous le verrons plus loin, tout sauf négligeable, la soudaineté de la mesure ne leur laissant aucun temps d'adaptation pour compenser la perte de financement. Les moins vulnérables mettront en jeu leurs réserves ou feront une levée de fonds, les autres devront ajuster leurs effectifs ou revoir leur projet et leur gestion.
Le sujet passionnant peu les français, les protestations n'ont pas eu grand écho, d'autant que beaucoup s'en tenaient à des généralités, contraintes par l'espace qu'on voulait bien leur accorder ou par simple habitude oratoire ; mais d'autres étaient beaucoup plus argumentées. Par exemple, France Biotech a fait un appel aux parlementaires pour reconsidérer la proposition du gouvernement [1].
Nous reviendrons plus loin sur les débats parlementaires au sujet du statut JEI.
Après la promulgation de la loi, le gouvernement a aussi évoqué la nécessaire participation de tous à l'effort collectif, probablement pour enterrer les protestations insistantes des intéressés.
On peut effectivement comprendre que la participation de tous à un effort collectif soit souhaitable et juste.
Il n'appartient pas à une société de conseil comme la nôtre de porter des jugements sur le bien fondé de mesures qui s'imposent à tous. Par contre, il est de notre responsabilité, au delà de l'aspect technique des aides dont bénéficient nos clients, de leur fournir tous les éclairages nécessaires à leur bonne compréhension de l'environnement dans lequel elles évoluent, parce que tout changement, présent ou probable, aura immanquablement des répercussions sur leur capacité à se financer et à se développer.
Nous allons donc examiner le détail de la mesure et son impact immédiat sur les entreprises innovantes sous statut JEI et sur les entreprises qui seront créés, en la replaçant dans son contexte.
Pendant longtemps, créer une entreprise dans notre pays était un parcours caricaturalement complexe, long et frustrant.
De nombreuses mesures de simplification ont finalement été prises et la France n'est plus un pays où la création relève de l'ordalie.
Une étude de l'OCDE fournit un comparatif des barrières à l'esprit d'entreprise [2]. On peut discuter de tout, mais dans un pays où les nuages, simples cumulonimbus ou radioactifs, ont assez volontiers tendance à ne pas passer les frontières, ce genre d'étude permet de se situer un peu mieux par rapport aux autres.
Trois facteurs de frein sont retenus :
–la complexité réglementaire et législative,
–le fardeau administratif des démarches
–et les barrières à la concurrence.
La France se situe dans la moyenne, même si la tendance générale pour l'ensemble des pays de l'OCDE a été à la réduction des freins. Cela veut dire que nous avons rattrapé notre retard et suivi le mouvement général.
De fait, nous sommes dans la moyenne sur les trois facteurs retenus.
Par rapport à l'Allemagne, nous avons un environnement règlementaire plus léger et moins complexe, des formalités beaucoup moins agiles, et à peine plus de protection des tenants des différents secteurs, résultat du désengagement progressif de l'État et des accords internationaux.
Le champion de l'ouverture aux nouveaux venants est le Royaume-Uni. .../...
Les pays ayant les réglementations les moins complexes sont les Pays-Bas, l'Italie, le Canada, la Corée du Sud, le Portugal, l'Autriche, l'Espagne les États-Unis et le Mexique. En second lieu viennent le Canada et la Hongrie.
La rapidité et la facilité des démarches administratives dans ces pays reflètent les cultures : les seuls pays à peu près administrativement agiles sont le Canada et les USA.
Les rois des démarches fluides sont – haut la main – l'Allemagne, le Royaume-Uni et la Nouvelle Zélande, suivis par le Danemark, la Norvège, le Japon et l'Australie.
La France est dans la moyenne haute du fardeau administratif, ce qui peut exaspérer les jeunes créateurs mais soulage ceux plus âgés, car nous revenons de loin. Longtemps évoquées en France, la difficulté et la lenteur paperassière ne sont donc pas un frein à la création d'entreprise, innovante ou non.
Le problème est bien davantage dans le financement et le développement. En ce qui concerne les entreprises innovantes, il y a aussi un problème d'environnement. La création récente de pôles, bien qu'allant dans le bon sens, ne masque pas le manque d'intégration avec les grands donneurs d'ordre, ni la carence en Europe de bassins d'innovation de taille suffisante à l'échelle mondiale. Ni Silicon Valley, ni Xi'an qui dispose de 47 universités, d'un nombre astronomique d'instituts, et d'implantations d'entreprises de toutes origines.
L'innovation résulte du refus de se conformer à l'état des choses, d'une vision libre échappant à la réalité imposée, et d'un passage à l'acte porté par l'esprit d'entreprise.
La création d'entreprise innovante relève le double défi de l'incompréhension de la part des esprits conformistes et de la méfiance qu'inspire toujours la maigre solvabilité, tout particulièrement dans les environnements traditionnellement allergiques au risque.
Concernant les entreprises éligibles au statut JEI, rappelons que le « innovante » de jeune entreprise innovante doit être entendu sous un angle très restrictif. Il ne s'agit pas d'innovation au sens large. La mesure n'encourage que la recherche ou le développement expérimental au delà de l'état de l'art, avec les mêmes critères stricts que pour le crédit d'impôt recherche.
Qui plus est, le statut n'est accordé qu'à partir d'une certaine intensité de R-D éligible, au moins 15 % des charges fiscalement déductibles totales de l'exercice. Ce n'est pas rien !
Rappelons également qu'une des conditions pour le statut est la nouveauté de l'activité, qui, en aucun cas, ne saurait être l'extension ou la reprise d'activités préexistantes. En outre, la JEI doit être une entreprise indépendante.
Tout ceci permet de comprendre deux difficultés majeures pour la jeune entreprise innovante :
~ 1/ pas de produit ou de service à maturité disponible avant longtemps
Il s'en ensuit des besoins en financement élevés et stables permettant de couvrir non seulement les incertitudes sur l'aboutissement de la R-D mais aussi l'adaptation du produit de la recherche aux attentes du marché. Le créateur porteur d'un projet innovant doit en être pleinement conscient, en particulier si son projet requiert de lourds investissements en matériel en en personnel de recherche, comme dans les biotechs par exemple qui ont des cycles de développement extrêmement longs.
~ 2/ des sources de financement étriquées
Il faut, en effet, une connaissance pointue de son domaine et un goût du risque certain pour aller financer une JEI, à tout le moins si elle fait partie, comme c'est souvent le cas, de celles qui misent tout sur des produits à inventer. .../...
Créé en 2004, le régime du statut de la jeune entreprise innovante visait à compenser dans une certaine mesure ces difficultés.
Il visait aussi à favoriser l'emploi des chercheurs. Malgré le crédit d'impôt recherche, malgré le statut JEI, la France avait encore en 2006 un taux d'emploi de chercheurs par 1.000 personnes employées dans le privé d'à peine 4, inférieur à la moyenne de l'OCDE, moitié moins que la Finlande, et derrière les U.S.A., le Japon et la Suède [3].
Malgré la crise, la situation s'est améliorée, 6 contre 10 aux leaders, ce qui semblerait, du point de vue de l'emploi des chercheurs, montrer que les entreprises bénéficiaires d'aides à la R-D ont joué le jeu.
D'autres mesures, comme l'incitation à l'embauche de « jeunes docteurs » dans le cadre du crédit d'impôt recherche allaient aussi dans ce sens.
La retouche restrictive apportée au statut JEI paraît en contradiction avec la volonté publique affichée de manière assez continue, et avec la croyance assez répandue que la recherche peut garantir notre avenir, à facteurs constants, comme si elle n'était pas qu'une simple condition nécessaire.
Il conviendrait donc de savoir un peu plus précisément si le statut JEI a produit des effets positifs depuis sa création. En effet, tout un chacun étant habitué aux déluges ininterrompus de mesures de soutien à l'économie, rarement évaluées mais incessamment modifiées, on peut tout à fait légitiment avoir des doutes sur l'efficacité d'une mesure comme le statut spécial créé pour les jeunes entreprises innovantes.
Notre avis ne se fondant que sur ce que de par notre profession nous avons à connaître, et en particulier nos clients, il n'a aucune valeur statistique. Aussi allons-nous regarder ce qu'en disait l'Insee, plus précisément le SESSI (service des études et des statistiques industrielles) en 2008 dans un document intitulé Le dispositif « Jeune entreprise innovante » a dynamisé les jeunes entreprises de services de R & D. [4]

© Insee http://www.insee.fr/sessi/4pages/245/gr1.jpg
Il est d'abord constaté qu'en raison de l'intensité de recherche exigée le dispositif JEI favorise ainsi les entreprises de la « nouvelle économie ».
Puis il est constaté qu'avec le dispositif, la taille moyenne des bénéficiaires est passée de 9 salariés en 2004 à 17 en 2006, alors que le nombre de JEI a crû de 1.239 pour l'exercice 2004 à 1.700 pour celui de 2006. En 2010 nous sommes arrivés à presque 2.400.
Le document passe ensuite à l'avantage fiscal et considère les montants des exonérations d'impôt comme « probablement faibles ». On ne peut qu'y croire, sauf à avoir de la jeune entreprise innovante la vision d'une fabuleuse pompe à profits. Il lui faut en effet beaucoup d'efforts, de vertus, de patience et de chance pour devenir un jour une start-up. Cela est tellement vrai que l'avantage fiscal accordé aux JEI est très singulier.
De tous temps la générosité fiscale sur le premier ou les deux premiers exercices a été une non-incitation relevant plus de la bonne conscience des ses instigateurs que d'autre chose. Pour le statut de la jeune entreprise innovante, l'exonération totale d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés porte sur les bénéfices des trois premiers exercices bénéficiaires. C'est assurément extraordinaire.
Pour le cas exceptionnel où la JEI dégagerait des bénéfices assez rapidement, la générosité fiscale est allée jusqu'à exonérer de moitié les 4e et 5e exercices bénéficiaires.
La dispense d'Impôt Forfaitaire Annuel couvre la durée totale de l'exercice. Autant dire que la spécificité des entreprises innovantes débutantes a bien été prise en compte en ce qui concerne la fiscalité sur les bénéfices.
Cela correspond à ce que l'on peut observer, il y a en gros deux catégories de JEI, celles à cycle court qui atteignent leur point mort en 4 ans environ, et celles à cycle long qui l'atteignent en 8 à 10 ans.
Il est constaté que le montant de charges exonérées est passé de 61 M€ pour 2004 à 88 M€ pour 2006. L'augmentation a suivi à peu près proportionnellement celle du nombre de bénéficiaires. On voit donc qu'avec les effectifs de 2010, la charge pour l'État n'était pas démesurée. La question de son utilité demeure.
Le document continue avec l'énoncé du fait que les JEI sont des entreprises dynamiques et créatrices d'emploi : « Avant même de recevoir les aides JEI, les entreprises bénéficiaires étaient déjà particulièrement dynamiques, notamment en termes d'emploi, comparativement à l’ensemble des jeunes PME appartenant aux mêmes secteurs d'activité et satisfaisant les critères d’éligibilité au dispositif autres que celui – décisif – d’une dépense de R & D représentant au moins 15 % de leurs charges. »
Autre point intéressant, les JEI présentent la caractéristique remarquable de démarrer avec beaucoup moins de valeur ajoutée et de croître par la suite à un rythme accéléré. « Les JEI réalisaient, ex ante, des montants de valeur ajoutée significativement moins élevés, environ un tiers ne parvenant pas, en 2002-2003, à dégager une valeur ajoutée positive, alors que cette part n'était que de 5 % environ pour les autres jeunes PME. Cependant, leur chiffre d'affaires était en très rapide progression (de l'ordre de 30 % par an pour la moitié des JEI, contre 5 % environ pour la moitié des entreprises non JEI), de sorte que ce différentiel de valeur ajoutée se serait certainement rapidement comblé, même en l'absence d'aides JEI. »
Cela ressemble fort à un profil dont on pourrait penser qu'il puisse contribuer à créer de la richesse dans ce pays. .../...
Le document continue avec un autre point rassurant :
«Les JEI étaient également, ex ante, plus intensives en capital et, surtout, sur une trajectoire très dynamique d'investissement. Enfin, elles présentaient une structure financière (taux d'endettement, ratios d'autonomie financière et de solvabilité) assez favorable par rapport aux autres jeunes PME. »
Que voilà des sujets bien raisonnables ! À la vérité, on a quelque mal à les imaginer allant dans le mur par simple étourderie, comme, par exemple, l'oubli de l'arrêt de l'aide au terme prévu ; on reste un peu sur sa faim.
Revenons donc à l'exposé des motifs du projet de Loi.
Il y est fait mention d'amélioration l'efficience des dépenses budgétaires en faveur de l'innovation des PME. Il est évoqué en préambule que depuis la réforme du crédit d'impôt recherche en 2008, ce dernier bénéficie désormais à hauteur d’environ 800 M€ aux petites et moyennes entreprises indépendantes.
On a toujours un peu de difficulté à y voir clair, surtout si l'on se met à la place des entreprises visées.
Considéré superficiellement, cela laisserait penser à une des deux choses suivantes :
–Les JEI qui sont souvent bénéficiaires d'autres aides parmi celles disponibles, comme le CIR, des aides d'OSEO, des aides régionales, des aides européennes, risquent l'embonpoint et trop les aider serait inefficient, à terme…
Il suffit toutefois, pour douter de pareille explication, de constater que ces JEI n'ont pas accès à « l'optimisation » fiscale qui permet à nos champions nationaux de se défendre sur la place internationale pour affronter avec les mêmes armes les autres champions.
Vus leurs secteurs d'activité et leur structure, les JEI sont aussi très tôt confrontées à la concurrence internationale, ce qui n'est pas le cas de beaucoup de PME bénéficiant du crédit d'impôt recherche. Les aider à y entrer de manière compétitive ne paraissait donc pas absurde.
–D'autres mesures d'aide à l'innovation pour les PME seraient en cours de préparation, dans le plus grand secret, et elles seraient encore plus efficaces que le statut JEI…
On veut bien souscrire, et des deux mains encore, à l'idée de la nécessité d'aides aux PME plus efficientes.
La Cour des Comptes s'est émue souvent de ce manque d'efficience, dénonçant la multiplicité et la complexité des aides ainsi que les déficiences en matière d'évaluation. On peut se reporter, par exemple, à son rapport intitulé « Les aides nationales destinées à favoriser la création, le développement et la transmission des petites et moyennes entreprises ».
Pour ce qui est des JEI, en l'absence de communication des faits avérés qui ont vraisemblablement justifié la grande distorsion du statut, on en est encore réduit à la spéculation si l'on veut bien considérer qu'il ne s'agissait pas d'écornifler une mesure qui donnait aux jeunes entreprises les plus dynamiques une chance supplémentaire, pour s'empresser d'en jeter le produit dans un quelconque trou béant politiquement plus rentable.
À notre avis, pour une mesure qui se voulait pédagogique, la communication a été déficiente.
Pour en apprendre un peu plus, il faut examiner les débats parlementaires.
Le sujet a peu passionné nos députés, toutefois nous citerons deux des très peu nombreux amendements.
Déposé le 8 novembre 2010 par Mme de La Raudière, diplômée de l'École Normale Supérieure, ingénieur en chef des télécommunications, cet amendement faisait montre d'une grande compréhension du sujet que la formation scientifique de madame de La Raudière explique peut-être. Nous citerons quelques extraits de l'exposé :
«Au titre de 2010 une dotation budgétaire de 105 millions d'euros est prévue pour ce dispositif. En 2008, le nombre des JEI était de 2 150 entreprises avec un effectif salarié de 23 280 personnes et 370 brevets déposés.
…Compte tenu du cycle de développement spécifique des entreprises innovantes, le dispositif envisagé de modification du système d'exonération de cotisations sociales en cours d'application du dispositif serait facteur d'instabilité, il pénaliserait les embauches de chercheurs qui iraient s'expatrier à l'étranger et nuirait à la compétitivité de la France sur le plan international.
…Le dispositif Jeune Entreprise Innovante (JEI) a été conçu « pour aider plus spécifiquement les jeunes entreprises innovantes qui connaissent nécessairement une certaine fragilité dans les premières années de leur existence » (Guide de la JEI, Ministère de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur). Ce dispositif a prouvé son efficacité et sa complémentarité avec le Crédit Impôt Recherche en permettant notamment de nombreuses embauches en R&D et en assurant un haut niveau de compétitivité aux entreprises bénéficiaires.
…Considérer que ces entreprises sont moins fragiles à partir de la 4e année, c'est ignorer le cycle de vie des entreprises innovantes, notamment du secteur des logiciels, des biotechnologies et du jeu vidéo.
…En effet, à partir de la 4e année, les entreprises sont en phase de consolidation de leur « business model », et en recherche de capitaux. Elles restent donc tout aussi fragiles qu'à leur création, dans un pays où le financement de l'amorçage est reste difficile.
…les cycles d'innovation prennent du temps et l'effort de R&D doit être très soutenu les dix premières années. Enfin, c'est aussi à partir de la 3ème ou 4ème année que les embauches commencent réellement, et que les entreprises ont donc le plus besoin du dispositif.
Le vote de l'article 78 se traduirait par une baisse des emplois hautement qualifiés en France, et à long terme de notre potentiel de croissance.
Une stabilité législative, fiscale et juridique des aides à l'innovation pour permettre aux entrepreneurs d'investir et d'innover sans risque de voir le système remis en question et mettre en péril leurs investissements et leurs entreprises est nécessaire. D'où cet amendement proposant de n'appliquer le dispositif de l'article 78 qu'aux entreprises qui seront créées à compter du 1er janvier 2012. » [5]
Pour connaître les entreprises innovantes et être à leur contact au quotidien, nous pensons qu'il s'agit d'une prise de position assez réaliste et assez dénuée de romantisme et d'emphase pour être crédible.
L'Assemblée n'est pas dominée par les formations scientifiques, ni par les entrepreneurs, ce n'est pas une nouveauté. Toutefois, des députés plus « classiques », Messieurs Verchère, Terrot et Martin-Lalande, choqués par la brutalité de la mesure appliquée suivant leurs termes à des entreprises fragiles, ont proposé que la dégressivité ne s'applique qu'à partir de la 5e année, et avec des taux consécutifs de 80, 60 et 30 %. Et pour permettre aux JEI les plus anciennes de se retourner, ils ont proposé, « afin de garantir la stabilité de l'environnement fiscal », de n'appliquer la mesure qu'aux JEI créées à partir de 2008. Ils ont même proposé un doublement du plafond annuel par établissement, un comble ! Tout cela au motif que « les entreprises innovantes sont fortement créatrices d'emplois et contribuent au développement de nos territoires. » L'amendement 143C dont l'exposé disait qu'il s'agissait « d'une question de confiance dans l'État » a été rejeté. [6].
Depuis Philippe le Bel, qui a vraiment confiance en l'État ? .../...
Il serait difficile de citer plus de députés qui se soient enflammés pour les JEI.
La réponse de M. Baroin à Madame de la Raudière, dans le débat du 9 novembre 2010, apporte un certain éclairage à l'exposé des motifs du gouvernement.
«Vous l'avez rappelé, les jeunes entreprises font aujourd'hui l'objet d'un soutien beaucoup plus important qu'au moment où cette exonération a été mise en place. Le soutien aux jeunes entreprises a été considérablement amplifié avec la réforme du crédit impôt recherche.
Nous sommes en train d'expertiser l'impact des modalités de réduction à hauteur de 7,5 %, suite au débat parlementaire concernant le crédit impôt recherche. Il est quasiment certain que nous n'arriverons pas aux conclusions que vous formulez et qui ont conduit à la rédaction de cet amendement.
En tout cas, nous n'écartons pas cette question d'un revers de la main. Nous l'étudions plus précisément et, comme nous avons le temps de préparer le terrain avant la discussion au Sénat, nous pourrons adapter le dispositif.
Cette réforme a fortement abaissé le coût des emplois de recherche pour les jeunes entreprises innovantes. Dans ce contexte, et compte tenu de notre volonté de réduire les niches fiscales et sociales, il convient de réexaminer l'exonération des cotisations accordée au JEI. Je le rappelle, nous sommes dans un cadre global, général où les efforts doivent être partagés par tous. L'idée est donc de recentrer le dispositif en le plafonnant et en instaurant une sortie progressive.
Aussi, même si je respecte votre engagement en la matière, je vous demande, madame de La Raudière, de bien vouloir retirer cet amendement. » [7]
On le voit ici, enfin, et si l'on veut bien se souvenir que le gouvernement a défendu constamment le CIR contre les prétentions rabotesques des députés, le plan était de réduire l'avantage du JEI parce que les JEI bénéficiaient par ailleurs d'un crédit d'impôt recherche amélioré depuis 2008 et donc d'une aide globale plus importante qu'à l'origine du statut. Le fait que la moitié des dépenses de l'État relèvent du domaine social peut aussi expliquer le choix qu'il avait fait.
If it works, why fix it ? Ce qui est arrivé est symptomatique d'un manque de ce pragmatisme qui fait que les anglo-saxons essaient moins, en général, de bricoler ce qui fonctionne. Chez nous, toute solution doit être universelle ou ne pas être. Loin de nous l'idée de rejeter un ajustement si un avantage est avéré excessif, ou de nous inscrire dans un quelconque corporatisme rejetant autant que faire se peut la nécessité de participer à l'effort collectif.
Mais, comme nous le verrons en abordant de manière détaillée l'impact des deux contractions du statut JEI et du CIR, force est de constater que le gouvernement a été pris de court par sa majorité.
Le crédit d'impôt recherche n'a pas été laissé intact comme le gouvernement l'avait demandé avec insistance, ni fait l'objet de « modalités de réduction de 7,5 % » comme celles qu'évoque M. Baroin dans sa réponse à Madame de La Raudière. L'épaisseur du copeau a plutôt été garante d'une participation exemplaire à l'effort collectif, et l'absence de délai d'adaptation pour les JEI n'en est que plus préoccupante.
L'argument égalitaire a également été utilisé par M. Baroin pour ne pas différencier, au motif de possibles distorsions de concurrence, les JEI de création plus ancienne, en phase finale du dispositif donc, et ne pas leur accorder un délai n'est pas non plus du dernier convaincant. Le régime de l'auto-entrepreneur a lui aussi créé des distorsions, par exemple dans les activités artisanales.
Enfin, son insistance à assimiler les JEI aux autres bénéficiaires du CIR revient finalement à ne pas prendre en compte la spécificité que l'étude de l'Insee mettait en avant.
Contrairement à l'Assemblée, les débats ont été animés et parfois même, houleux. La majorité s'est montrée divisée. Les sénateurs, plus préoccupés du déséquilibre budgétaire, ont visé les grandes entreprises jusque là intouchables, les JEI trouvant un nombre de défenseurs qui a surpris le gouvernement. La tendance confirmée étant de soumettre le CIR à un passage à la dégauchisseuse, le cas des JEI perdant sur les deux tableaux redevenait obligatoirement un sujet de débat. .../...
Le sort des JEI a finalement été réglé par une différence minime de voix entre les présents.
Plus rien n'y sera changé et il convient maintenant d'évaluer l'impact sur les JEI et de regarder si le fait de bénéficier en plus du crédit d'impôt recherche contribue à l'amortir ou non.
Ces restrictions portent sur l'exonération des charges patronales de sécurité sociale. Nous examinerons ici :
a) plafond de 4,5 SMIC par personne (6.143 EUR au 01/01/2011),
b) plafond par établissement et par année civile de 3 fois le plafond annuel de la sécurité sociale (106.056 euros pour 2011) pour une JEI dans ses 3 premières années,
c) dégressivité de la réduction de charges patronales à partir de la 4e année.
Dans un deuxième temps, nous examinerons l'impact combiné statut JEi et crédit d'impôt recherche.
Rappelons-le, ce plafond est de 4,5 SMIC, soit 6.143 EUR bruts mensuels au 01/01/2011). On se doute bien que ce n'est pas la limitation qui créera le plus de soucis.
| Salaire brut mensuel | Régime normal | JEI avant la L.F. pour 2011 | JEI à partir de 2011 | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Cot. | Taux | Cot. JEI | Taux | Exon. | Éco. | Cot. JEI | Taux | Exon. | Éco. | |
| 8.000 | 3.430 | 43 % | 1.601 | 20 % | 1.829 | 53 % | 1.969 | 25 % | 1.461 | 43 % |
| 4.000 | 1.739 | 43 % | 703 | 18 % | 1.037 | 60 % | 703 | 18 % | 1.037 | 60 % |
| 2.500 | 1.055 | 42 % | 353 | 14 % | 703 | 67 % | 353 | 14 % | 703 | 67 % |
Il s'agit de 3 fois le plafond annuel de la sécurité sociale (106.056 euros pour 2011). Pour laisser de côté la dégressivité, nous prendrons les 3 premières années d'une JEI, mais tiendrons compte du plafonnement par personne.
| Cotisations annuelles... | Régime normal | JEI avant 2011 | JEI depuis 2011 | |||
| Personnel éligible | Brut mensuel | Cot. normal | Cot. JEI | Exon. | Cot. JEI | Exon. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 2 directeurs de R-D | 2 x 8.000 | 82.308 | 38.424 | 43.884 | 47.250 | 35.058 |
| 10 ingénieurs | 10 x 4000 | 208.711 | 84.329 | 124.382 | 84.329 | 124.382 |
| 3 techniciens | 3 x 2.500 | 37.980 | 12.690 | 25.290 | 12.690 | 25.290 |
| Totaux annuels | 762.000 | 328.999 | 135.443 | 193.557 | 144.269 | 184.730 |
| Plafond annuel | aucun | 106.056 | ||||
| Économie (%) | 59 % | 32 % | ||||
| Supplément de charges dû au plafond annuel | 78.674 | |||||
| Supplément de charges par rapport aux modalités antérieures | 87.501 | |||||
Cet exemple reprend les données de la jeune entreprise innovante décrite dans le tableau précédent.
| Avant 2011 | À partir de 2011 | Écart | |||||
| Année suivant celle de création | Avantage annuel | Exon. avant dégr. | Taux de dégr. | Exon. avant plafond | Plafond | Exon. nette | Delta charges |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 à 3 | 193.557 | 184.730 | 100 % | 184.730 | 106.056 | 106.056 | 87.501 |
| 4 | 193.557 | 184.730 | 75 % | 138.548 | 106.056 | 106.056 | 87.501 |
| 5 | 193.557 | 184.730 | 50 % | 92.365 | 106.056 | 92.365 | 101.191 |
| 6 | 193.557 | 184.730 | 30 % | 55.419 | 106.056 | 55.419 | 138.137 |
| 7 | 193.557 | 184.730 | 10 % | 18.473 | 106.056 | 18.473 | 175.084 |
| Total sur 7 ans | 1.548.453 | 696.537 | 851.915 | ||||
Ce tableau permet de voir que le couperet du plafond annuel par établissement est très dur pour les JEI moyennes en plein développement et que la dégressivité est effectivement conçue pour que l'objectif pédagogique de la mesure soit couronné de succès. Aucune JEI ne pourra plus oublier que, son statut expiré, elle ne bénéficiera plus d'exonération de charges patronales de sécurité sociale puisqu'aussi bien ce sera déjà le cas avant.
Il convient dès lors d'examiner dans quelle mesure le crédit d'impôt recherche, tel que défini dans la mouture 2011, permet à celles qui en bénéficient d'amortir le choc.
La caractéristique du crédit d'impôt recherche qui nous intéresse ici est que les frais de personnels de recherche sont déductibles au prorata du temps consacré à de la recherche éligible, sous déduction de l'avantage reçu dans le cadre du statut JEI (exonération de charges patronales de sécurité sociale).
Pour ne pas compliquer à l'excès, nous supposerons que la JEI étudiée bénéficie du CIR au taux normal de 30 %. Nous considérerons 3 cas pour le temps de R-D éligible, 70, 80 et 90 %. Cette dernière valeur correspond à peu près à un plein temps, sous déduction de quelques activités non éligibles qu'il est fortement conseillé de ne pas essayer de déguiser en activités éligibles.
La réduction d'exonération éventuellement constatée dans le cadre du statut JEI pourra donc être compensée à hauteur de 21 % (0,7 x 0,3), 24 % (0,8 x 0,3) ou 27 % (0,9 x 0,3).
Reprenons le cas de la JEI étudiée plus haut et l'augmentation de charges qui la frappe en tenant compte de la dégressivité de l'aide dès la 4e année, après application des plafonds individuels et par établissement. On voit bien que la compensation est mince à ce niveau là. .../...
Un autre volet du crédit d'impôt recherche est la valorisation forfaitaire des frais de fonctionnement.
Le problème n'est vraiment pas de savoir si l'estimation forfaitaire qui vient d'être réduite de 75 à 50 % de la masse salariale consacrée à de la recherche éligible était en soi trop généreuse ou pas.
Dans beaucoup de cas elle dépassait en effet la réalité des frais de fonctionnement. Dans d'autres, moins nombreux, elle était insuffisante, avec le recours d'une déclaration des frais réels qui, dans ce cas, comporte obligation de justification. L'avantage d'une telle mesure a été la simplification de la gestion de l'aide par les entreprises et de son contrôle par l'administration fiscale.
Cette amputation des frais de fonctionnement, non voulue par le gouvernement, doit être intégrée dans notre comparatif de la situation d'une JEI avant et après la Loi de finances pour 2011 si nous voulons apprécier l'impact global.
Le tableau suivant se limite à montrer la prise en charge par le CIR du supplément de charges sociales engendré par la modification du statut de la jeune entreprise innovante. Ainsi les étiquettes CIR temps= et Frais forfaitaires correspondent aux seules charges sociales effectivement supportées.
| Avant 2011 | À partir de 2011 | ||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Sans JEI | Avec statut JEI | Sans JEI | |||||
| Année | 3e + … | 3e + … | 4e | 5e | 6e | 7e | 3e + … |
| Exonération | 193.557 | 106.056 | 92.365 | 55.419 | 18.473 | ||
| Cot. réelle | 328.999 | 135.442 | 222.943 | 236.634 | 273.580 | 310.526 | 328.999 |
| Augmentation | 165% | 175% | 202% | 229% | |||
| CIR temps=70 % | 69.090 | 28.443 | 46.818 | 49.693 | 57.452 | 65.211 | 69.090 |
| Frais fortaires | 230.299 | 94.810 | 111.472 | 118.317 | 136.790 | 155.263 | 164.500 |
| Avantage total | 299.389 | 316.810 | 264.346 | 260.375 | 249.661 | 238.947 | 233.590 |
| Baisse des aides | 52.464 | 56.434 | 67.148 | 77.863 | 65.799 | ||
| CIR temps=80 % | 78.960 | 32.506 | 53.506 | 56.792 | 65.659 | 74.526 | 78.960 |
| Frais fortaires | 230.299 | 94.810 | 111.472 | 118.317 | 136.790 | 155.263 | 164.500 |
| Avantage total | 309.259 | 320.873 | 271.034 | 267.474 | 257.869 | 248.263 | 243.460 |
| Baisse des aides | 49.839 | 53.398 | 63.004 | 72.610 | 65.799 | ||
| CIR temps=90 % | 88.830 | 36.569 | 60.195 | 63.891 | 73.867 | 83.842 | 88.830 |
| Frais fortaires | 230.299 | 94.810 | 111.472 | 118.317 | 136.790 | 155.263 | 164.500 |
| Avantage total | 319.129 | 324.936 | 277.722 | 274.573 | 266.076 | 257.578 | 253.330 |
| Baisse des aides | 47.214 | 50.363 | 58.860 | 67.358 | 65.799 | ||
Comme on peut le constater, le changement intervenu depuis 2011 équivaut bien à rapprocher la jeune entreprise innovante sous statut d'une quelconque entreprise bénéficiant du crédit d'impôt recherche, si l'on veut bien excepter ses trois premières années dont on sait qu'elles sont peu à même d'engendrer des profits ni une quantité considérable d'emplois de chercheurs.
Que montre ce dernier tableau ? Rien de bien nouveau en fait. Ce que la JEI gagnait en exonération de charges, elle le perdait en CIR. Depuis 2011, ce que la JEI perd en exonération de charges, elle le regagne à peu près en CIR.
Sans rabotage du CIR par les parlementaires, le coup de varlope du gouvernement sur le JEI aurait été neutre pour les JEI. Dans le tableau, diminuez de 20 % de la cotisation réelle la baisse des aides et à 10 ou 15 k€ près vous annulez le surcoût pour la JEI. Neutre donc… avec la vision comptable qui a prévalu dans cette affaire comme dans tant d'autres.
Oui, mais voilà ! L'impact sur la trésorerie des JEI est immédiat, et c'est la raison de leur colère ou de leur déception. Même avec un remboursement accéléré du CIR, elles vont devoir attendre avant de bénéficier de l'amortissement par le CIR de la diminution de l'avantage JEI. On peut donc présumer que certaines JEI vont renoncer à court terme à quelques investissements ou à quelques embauches et que d'autres auront quelques sueurs froides. .../...
Au final, il faut revenir à la coque vermoulue de la nef étatique. Un déficit 2010 qui représente soit la politique sociale de la France, soit le reste des missions, soit le montant des ressources.
La mesure prise pour le statut JEI était neutre pour l'équilibre de finances publiques, ce n'était pas une économie substantielle mais un coup à la Sapeur Camembert puisque l'on creuse un trou pour en reboucher un autre. Mais elle permet d'alléger provisoirement de trois ou quatre gouttes le travail des pompes de fond de cale de la Sécurité Sociale.
La véritable économie a été faite par les parlementaires désobéissants qui, à force de voir les membres du gouvernement brandir d'un air martial les rabots étincelants dont ils venaient d'être pourvus, n'ont pas hésité à dégrossir le CIR.
Notons toutefois que la République a bien changé, elle clame haut et fort son besoin de savants et de chimistes et n'utilise plus la guillotine depuis qu'elle est devenue fermier général, la douceur du rabot bien calé lui convient désormais, surtout si elle peut s'accommoder de quelque estrapade pour rompre la monotonie de l'interminable préparation d'une inexorable cure de minceur.
Encore une fois, la communication a été très mauvaise. Il est probable qu'un simple délai d'un an et un exposé clair du motif réel auraient créé moins d'émoi.
Il n'est pas difficile d'anticiper que la déception a été unanime. Une fois passé le choc de la nouvelle, les réactions ont été plus diverses.
Les toutes récentes ont le temps de s'adapter. Parmi les autres, celles qui vont recevoir l'impact de plein fouet, on trouve tous types de réactions.
Celles qui ont pu suffisamment grandir grâce à leur talent et avec l'aide du statut JEI et qui ont un cycle de maturation plus court ont, en général, des réactions de type cynique, au sens philosophique. Le statut JEI a été une opportunité, appréciée, mais de toutes façons elles y seraient arrivées quand bien même la mesure n'aurait pas existé. Le statut JEI a eu pour elles un effet accélérateur indubitable. On trouve de telles entreprises dans les secteurs peu intensifs en investissement matériel, par exemple le logiciel.
Les plus véhémentes sont celles qui ont un cycle de maturation long, par exemple les biotechs. Non seulement leur activité est très intensive en investissement de matériels de R-D, mais encore l'incertitude pesant sur l'aboutissement de leurs travaux de recherche est grande.
Si l'on veut bien considérer que la France, pourtant dotée de champions nationaux peu remis en question, n'a pas produit un médicament majeur au cours des 25 dernières années, on comprendra mieux que ces JEI trouvent ridicule et dangereux le changement abrupt des règles du jeu. .../...
Il est certain que la dégressivité appliquée dès la 4e année paraît une mesure un rien théorique, même si existe en parallèle le crédit d'impôt recherche, même si on ne se lance pas dans ce genre d'aventure sans lever sérieusement des fonds assez considérables.
Certaines ont menacé d'aller s'installer ailleurs. C'est une réponse possible en effet.
Il semblerait que les anglais, toujours à l'affût d'une bonne affaire, n'aient pas attendu la fin des débats pour entreprendre une action de séduction ciblée.
Le fait que le taux de prise en compte des amortissements des matériels ait été augmenté laisse de marbre une grande partie des JEI, celles qui sont peu intensives en équipement de R-D. De plus, il a été introduit plus de complexité dans la gestion de ce point.
Il y a parmi les JEI des entreprises qui ne prospèrent pas et qui sont vouées à l'échec. On peut croire qu'elles font aussi partie des protestataires.
Tout cela étant dit, on peut s'attendre à un coup de frein à l'emploi des chercheurs. Comme nous l'avons vu plus haut, leur taux d'emploi dans le secteur privé avait augmenté. Il est tout à fait possible qu'il rechute, et, dans ce cas, l'économie visée de 57 millions prendrait un petit air de virtualité.
Nous avons essayé de montrer en quoi la Loi de finances pour 2011 contrarie les entreprises sous statut JEI. La mesure n'est pas neutre à court terme, d'autant que le crédit d'impôt recherche a, contre les attentes du gouvernement, été également réduit.
Nous le répétons, il n'appartient pas à un cabinet de conseil d'émettre des jugements sur les lois. Il en est des lois comme du temps, à tout un chacun de trouver des cieux plus cléments si le climat ne lui convient pas.
On peut toutefois regretter que la curée sur ce qu'il a été de bon ton de qualifier de la manière la plus indiscriminée de niches fiscales ait conduit à une mesure d'effet immédiat. Quelqu'un parmi la meute qui hurle depuis un an a-t-il conscience que des pays comme les USA ou le Canada utilisent les « niches fiscales » dans des proportions sans commune mesure avec ce que nous faisons ici ; curieusement, nos journalistes les plus critiques parlent alors d'incitations fiscales.
Ceux qui ont étudié les niches françaises s'accordent sur le fait qu'assez peu relèvent du clientélisme politique. Dont acte.
Chez nous, le premier but affiché des niches est de réparer les effets pervers d'une fiscalité consistant en un empilement ubuesque de textes rarement remis en adéquation avec la réalité du présent. On se souviendra des discours fatalistes sur les trappes à l'emploi qui ont alimenté des décennies durant les débats politiques. .../...
Sur longue période, la France a beaucoup moins utilisé les incitations stratégiques que d'autres pays. Manque de vision ? Poids culturel ?
Le crédit d'impôt recherche, et plus récemment le statut de la jeune entreprise innovante, ont présenté la caractéristique rare d'être des incitations laissant aux bénéficiaires la plus grande liberté quant au choix fondamental du ou des domaines de R-D, tout en s'inscrivant dans la durée. Rien à voir avec les habituels yoyos des aides visant à favoriser l'embauche tantôt des uns, tantôt des autres, ou à suivre les visions éphémères de telle ou telle commission.
Les étrangers ont été surpris de voir aussi unanimement qualifié de niche fiscale ce qu'ils considèrent comme un investissement. Il leur semble qu'il existe une différence entre se voir proposer d'utiliser les impôts que l'on doit pour acquérir un voilier aux Antilles et se voir proposer une aide dans le cadre d'une jeune entreprise innovante créatrice de futur.
L'éminent sénateur Marini nous a appris que « dans une niche il y a toujours un chien » [8]. Étrange vision ! La France serait-elle en train de basculer du corporatisme administré à la cynophilie ? Espérons que le rabotage de la niche JEI ne nous vaudra pas d'avoir des générations de chihuahuas quand il nous faudrait des bébés tigres.
Il y a peu que nos politiciens, traditionnellement et fonctionnellement fascinés par les grandes entreprises, s'intéressent aux PME. En la matière, ce qui a prévalu est encore une fois le suivisme. De constat d'échec en constat d'échec, de fracas en fracas, l'idée que des PME innovantes pourraient stabiliser notre destin s'est fait jour.
Las ! La France manque de grands groupes, elle manque cruellement d'ETI, et ses PME semblent globalement vouées à combattre le chômage, à grand renfort d'aides atomisées, à l'efficacité peu ou pas contrôlée, dont la lourdeur bureaucratique n'est supportée qu'en raison de l'agonie qui guette.
On sent bien, sans avoir à se pencher sur le cas allemand, qu'un problème sempiternel chez nous est ce cloisonnement invisible qui fait que nous ne voyons pas arriver de sang neuf dans la catégorie supérieure.
Les PME ont été pénalisées par les problèmes de transmission, au contraire des PME italiennes et allemandes. Cela s'est traduit par une perte considérable de savoir-faire. Elles l'ont été aussi par un niveau de bureaucratie disproportionné au regard de leurs moyens humains.
Quant aux ETI, elles sont les mal aimées du système d'imposition. Trop grandes pour être au bord du gouffre, elles ne bénéficient pas des mesures dérogatoires que connaissent les PME. Trop petites pour accéder à l'optimisation fiscale des grands groupes internationaux, c'est sur elles que pèse la fiscalité des entreprises.
Puisque l'obsession allemande est de rigueur, rajoutons que le système bancaire régional allemand qui soutient les PME et le ETI, est fondé sur une tradition de relations personnelles transgénérationnelles qui s'exercent dans un climat de respect et de confiance mutuels duquel le plus grand professionnalisme constant des deux parties est une composante majeure. Le succès des unes faisant le succès de autres, les banques régionales sont très enclines à soutenir tout projet d'investissement, qu'il s'agisse d'équipement, de recherche ou de prospection de marchés extérieurs.
Ce simple constat montre bien qu'il sera difficile d'importer l'environnement allemand. Nos pouvoirs publics ont réagi en assignant à OSEO le rôle de garantir les emprunts des entreprises remplissant certains critères. Cela est bien car cela permet sans trop de délai de relâcher le lacet autour du cou des heureux bénéficiaires.
Il en va de même pour le fonds stratégique d'investissement. On notera toutefois que la démarche est administrative et qu'elle ne s'appuie pas sur la tradition, au contraire de l'interventionnisme étatique.
La nécessité d'un effort de recherche-développement est un truisme.
Les objectifs de Lisbonne étaient peut-être trop optimistes. La réalité est par contre un échec cuisant à niveau européen. Dans pareil contexte, on peut toujours s'accrocher la médaille d'une forte dépense publique en soutien de la R-D, force est de constater que le défi est d'envergure. .../...
Un pays aussi désindustrialisé que le nôtre ne peut pas se tranquilliser avec des déclarations d'intention qui voudraient faire accroire que tous pourraient vivre de l'inventivité de quelques uns.
Éduquer une jeunesse pour produire les chercheurs de demain, c'est l'affaire d'une génération. Faire le constat que les universités ont été le parent pauvre d'une éducation nationale absorbée à essayer d'alphabétiser une partie de ses bénéficiaires tout en ne manquant pas d'offrir à d'autres le libre accès aux délices de l'absence de lettres, faire ce constat et initier le rétablissement a été un grand pas. Reste à motiver les parents et les enfants pour les études scientifiques.
Donner aux PME industrielles un cadre où elles puissent s´épanouir, ce n'est pas une affaire de trois niches fiscales. Il conviendrait de s'intéresser aux raisons de leur manque de compétitivité.
À supposer que la volonté publique à ce sujet soit constante au fil des mandatures, nous n'en sommes qu'aux prémisses de ce réveil nécessaire.
Nous croyons que cela doit être l'affaire de tous, que chaque citoyen doit se sentir concerné par les enjeux. Même si les gouvernements successifs ont pris conscience des problèmes (voir par exemple le discours du Premier Ministre lors de la remise du prix de l'Audace Créatrice 2010 [9]), rien n'est vraiment mis en œuvre, ni pour faire comprendre les enjeux, ni pour rendre fiers les français des succès de leurs chercheurs et de leurs entreprises. Qui n'a pas vu l'œil des salariés d'Airbus lors du premier décollage de l'A380 n'a rien vu. Il en est de même dans la moindre petite PME qui décroche ses premiers marchés d'exportation.
Les détenteurs d'une idée qui se jettent à l'eau pour devenir des entrepreneurs sont encore souvent vus comme des marginaux, des compulsifs, quand ils ne sont pas simplement disqualifiés par leur attrait pour le gain.
La simple notion d'indépendance, de prise de risques, soulève encore beaucoup de problèmes dans un pays où seulement 6 % savent que les entreprises créent plus de 80 % de la richesse produite, où les deux tiers croient que le coût d'un salarié pour l'entreprise est très inférieur (1/3) ou légèrement inférieur (1/3) à ce qu'il est en réalité [10].
Quant à la conscience européenne, elle évolue bien lentement. Le programme Erasmus est un succès en ce qui concerne l'ouverture des jeunes les uns aux autres, propre à donner le goût d'entreprendre en commun. Il est triste qu'il ait été accompagné de manière ininterrompue d'un discours public utilisant Bruxelles comme le bouc émissaire de toutes nos insuffisances, laissant la vaste majorité accumuler de la rancœur contre le plombier polonais, ignorer les mérites de la population slovaque, les souffrances des lettons et croire que les finlandais ne produisent que des pilotes de rallye. Il est triste que nous ayons eu aussi peu de députés européens professionnels de l'Europe. C'est tout simplement de l'amateurisme.
Nous rappellerons ici le commentaire du SESSI sur la spécificité des JEI. Nous trouvons ce commentaire, tel que livré, un peu angélique. Il convient de le nuancer par le fait que les JEI bénéficient d'un environnement particulier : incubateur, business angels, réseau d'entrepreneurs, institutionnels, capital risqueurs, les aident et les contraignent à de la rigueur, à avoir une vision, à s'orienter plutôt dans telle ou telle direction, à ouvrir des réseaux, à éviter les erreurs fatales, à être épaulées…
Cela ne diminue en rien toutes leurs autres qualités spécifiques. Même avant 2011 les avantages concédés par le statut JEI n'étaient pas tels qu'on puisse leur attribuer les succès des JEI qui réussissaient. Pour elles, il s'agissait plus d'un apport de fluidité que d'un apport vital, par exemple pour mieux pouvoir aborder et négocier une levée de fonds, ou pour embaucher un peu en avance des chercheurs ou encore pour constituer une petite épargne de précaution.
Alors se pose la question de savoir s'il ne serait pas intéressant de continuer à favoriser plus que la moyenne, ce genre de création d'entreprise.
Les USA viennent de fomenter Startup America dont le but clairement affiché est de faciliter l'émergence d'entreprises innovantes à croissance rapide [11]. Des partenariats avec le privé sont mis en place. Ce n'est peut-être qu'un sursaut, mais c'est le sursaut de tous.
On remarquera, une fois de plus, l'intitulé : Startup America. Dans statut JEI, France est absente, ce qui permet probablement de le traiter plus tranquillement en niche fiscale, en déni de justice sociale, en gabegie, enfin, en tout ce que chacun se complaira à y trouver.
Nous avons l'impression que des slogans comme notre avenir, ou, pire encore, notre compétitivité, ont suffisamment montré leurs limites. Nous avons évité « Allez les jeunes pousses bleues ! », c'est déjà ça.
Il serait peut être temps de communiquer clairement sur les enjeux et de rétablir la confiance des français en leur capacité à relever les défis.
Nous venons de subir quasi quarante années de fausses excuses, de dénégation des réalités, de combats d'arrière garde stériles tous aussi dévastateurs les uns que les autres. Non, on ne délocalise pas que les emplois non-qualifiés. Avoir scrupuleusement occulté les progrès de Taïwan, ou de la Corée du Sud, n'a pas empêché l'étau de se resserrer. Non, la Chine et l'Inde n'ont pas toujours été des puissances sans rayonnement.
Pour autant, nous ne sommes pas dépourvus. Lourdement handicapés par la spirale du repli sur soi, mais pas fatalement condamnés à l'étouffement, ni à copier partout ce qui semble briller car il est difficile ou impossible de reproduire localement les environnements ailleurs favorables. Nous sommes un pays rempli de nombreux talents qu'il suffirait de libérer.
Nous ne voulons pas dire que l'avantage global concédé aux JEI qui ont en plus recours au CIR n'avait pas à être considéré de plus près. Et nous ne voulons surtout pas dire que parmi les bénéficiaires ne se trouvent pas de JEI lancées sans bon projet et conduites de manière peu rigoureuse.
Simplement, la brutalité de la mesure nous paraît regrettable. Elle place certaines entreprises en situation délicate. Quant aux autres, celles qui sont capables de faire leur chemin sans crouler sous les aides, on leur rappelle une fois de plus qu'il vaut mieux n'écouter que d'une oreille distraite le chant des sirènes. Et tant qu'à y être, à adopter, elles aussi, ce comportement strictement opportuniste qui réussit si bien aux grands.
Il paraît un peu paradoxal que le statut JEI étudié sérieusement par les américains ou les allemands, soit finalement banalisé. De toute évidence, la grosse part de l'aide reçue par les JEI est le crédit d'impôt recherche.
Le gouvernement est finalement parvenu à protéger le CIR des grands groupes des visées des parlementaires. Là aussi, le sujet n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Tous les grands groupes ne créaient pas des filiales afin éviter le plafond de 100 millions. Pour certains, ces filiales étaient fonctionnellement nécessaires.
Que le CIR attire chez nous des grands groupes d'envergure mondiale, pourquoi pas ? Cette aide est une goutte d'eau dans leurs finances. Notre pays a d'autres attraits pour eux. Et comme tous sont surdoués au jeu de l'optimisation fiscale, on ne peut pas leur prêter un attachement et une fidélité excessives, au contraire des PME créées par des nationaux. En cela, le statut JEI a quelque chose de particulier. .../...
Il faudrait, dans un souci de simplification de la gestion des JEI, évaluer une mesure spécifique aux jeunes entreprises innovantes, qui, une fois la taille et la rentabilité critiques atteintes, déboucherait sur le CIR. Ce n'est pas une simple question d'argent, c'est une question d'efficacité.
Il faudrait aussi admettre que tous les secteurs d'activité n'ont pas les mêmes besoins. Certaines JEI devraient être aidées plus longtemps, d'autres moins.
On pourra toujours rétorquer que de nombreuses aides existent déjà. Il est vrai. Mais le problème des PME est de grande ampleur. Beaucoup trop de ces aides échappent aux JEI dans la mesure où les critères d'attribution reposent sur les fonds propres de l'entreprise. Il en est ainsi, par exemple, de l'accès aux marchés publics. Dans les faits, l'ouverture qui a enfin été inscrite dans la Loi revêt un caractère du dernier théorique. Pour une JEI débutante, le choix est simple : ou elle utilise ses ressources pour se créer des fonds propres, ou elle investit en R-D.
S'ajoute à cela le problème déjà mentionné plus haut : la protection de la propriété intellectuelle est d'un coût disproportionné pour une entreprise de création récente n'ayant pas encore atteint un seuil de commercialisation rentable. Or, comme nous l'avons déjà dit, ces PME innovantes sont très tôt confrontées tant à la concurrence internationale qu'à la nécessité de s'ouvrir des marchés au delà des frontières nationales.
Un autre mesure aux effets extrêmement positifs a été la loi TEPA en ce sens qu'elle a permis la mise en place d'un maillon jusque là manquant dans la chaîne de l'innovation. En favorisant l'investissement dans les PME, on a tout simplement donné vie à un nouveau flux d'échanges entre recherche publique et R-D privée dont on peut penser qu'à terme il donne à la France un moyen de valoriser cette recherche de haute qualité.
L'évolution des mentalités est très lente, et le conservatisme pousse à n'investir que dans les entreprises les mieux établies et présentant le moindre degré de risque. Mais le temps devrait faire son œuvre, si rien ne vient remettre en question cette ouverture et casser l'éclosion d'une dynamique.
Il faudrait aussi concerter à niveau européen, au delà des querelles de clochers, le développement de bassins d'innovation un peu adaptés à l'état du monde. Pour le moment on assiste à une multiplication de pôles locaux, utiles, certes.
Les projets collaboratifs fortement aidés sont une bonne mesure en soi, mais, pour le moment, peu adaptée à la toute jeune entreprise innovante.
Face au bouleversement de l'ordre mondial il semble urgent que la première puissance économique du monde commence à s'organiser très confraternellement. Il s'agirait de multiplier pour des entreprises de taille moyenne les opportunités de collaboration dans un cadre très efficient leur apportant en outre la sécurité car elles craignent toujours d'être pillées. Que cela suppose des mises à niveau et une sérieuse préparation, c'est évident.
Et, en matière d'exportation, sans vouloir minimiser la vaillance de nos services publics, on trouve chez certains de nos partenaires européens de sérieuses compétences dès lors qu'il s'agit de fournir aux PME des renseignements et des conseils exploitables avec grand profit. Un environnement plus européen pour nos jeunes entreprises aurait certainement des effets positifs.
Le soutien à la R-D est un problème de longue haleine, particulièrement difficile. Concilier recherche fondamentale, recherche appliquée, développement expérimental, innovation sous toutes ses formes, recherche publique et recherche privée, des impératifs de court terme et des impératifs de long terme, tout cela nécessite beaucoup de calme, une adhésion la plus large possible et beaucoup de stabilité.
Encore faudrait-il que la France ait une ambition clairement définie. La gestion technocratique de l'embourbement n'en a, à ce jour, suscité aucune, sans surprise. C'est très regrettable, car la France est capable de sursaut.
Sources :
1. France Biotech http://www.france-biotech.org/france-biotech-demande-au-parlement-labandon-immediat-du-projet-de-loi-au-plf-2011-qui-signerait-la-fin-du-statut-jei/
2. OCDE Fact Blog http://blog.oecdfactblog.org/?p=10
3. OCDE Observer http://www.oecdobserver.org/news/fullstory.php/aid/3166/Watch_the_knowledge_base.html
4. Document du SESSI http://www.insee.fr/sessi/4pages/245/index.html
5. Amendement 176C http://www.nosdeputes.fr/amendement/2824/176C
6. Amendement 143C http://www.nosdeputes.fr/amendement/2824/143C
7. Réponse de M. Baroin http://www.senat.fr/commission/fin/pjlf2011/articles/78/781.html
8. http://www.20minutes.fr/article/551525/Economie-Philippe-Marini-dans-une-niche-il-y-a-toujours-un-chien.php
8. Discours du Premier ministre lors de la remise du prix de l'Audace Créatrice 2010 http://www.gouvernement.fr/premier-ministre/discours-du-premier-ministre-lors-de-la-remise-du-prix-de-l-audace-creatrice-2010
10. Étude La connaissance des Français de l'économie et de l'entreprise - Septembre 2008 produite par LH2 pour la FNEGE
11. Startup America sur le site de la Maison Blanche http://www.whitehouse.gov/issues/startup-america
110207.bspo.paca